La longue séquence d'actualité relative à la réforme de notre système de retraite touche maintenant à sa fin et chacun des protagonistes va désormais s'atteler à en faire le bilan et à n'en présenter, à coup sûr, que les aspects considérés comme positifs.
Je leur en laisse la prérogative, mais ne peut m'empêcher de penser que les versions qui seront présentées officiellement cacheront des réalités bien plus négatives.
Pour le gouvernement en premier lieu, qui aura réussi le tour de force de transformer un processus on ne peut plus démocratique, concertations avec les organisations syndicales puis débat et vote au parlement, en la création d'un conglomérat de mécontentements divers mutant au fil des semaines en une opposition déclarée au chef de l'état, aussi déterminée qu'irrationnelle.
Pour l'opposition ensuite, qui est allée d'absence de propositions alternatives crédibles en opérations de désinformations, notamment sur l'âge de départ à la retraite à taux plein. Annoncer vouloir revenir en 2012, en cas de victoire à l'élection présidentielle, à une retraite à 60 ans, mais avec un minimum de 41,5 ou 42 annuités de cotisations, constitue en l'occurrence un tour de passe-passe d'une rare subtilité.
Pour les syndicats également, qui après avoir semble-t-il confondu consultation et négociation, puis constaté qu'une unité syndicale de circonstance ne suffirait pas à faire plier le gouvernement, se sont réfugiés dans des mouvements et des revendications sectoriels, inaboutis également, et donc générateurs de frustrations de toutes natures.
Pour les étudiants et les lycéens enfin, dont les slogans et les revendications affichés lors des manifestations, parfois sincères et réfléchis, souvent malhabiles, toujours décalés, ont mis en évidence l'absence de culture de ceux-ci en matière d'économie et de gestion. Afficher comme postulat que la sortie retardée des seniors du marché du travail empêche l'accès aux emplois des jeunes constitue à cet égard une erreur manifeste, cette affirmation n'ayant été prouvée dans aucun pays de la communauté européenne.
Même si, légitimement, force restera sans nul doute au processus démocratique en cours, une relation perdant/perdant semble néanmoins être ressentie par nombre de nos compatriotes, et il est à craindre que les cicatrices résultant de cette crise ne se rouvrent à la moindre occasion.
Le Président
Jean-François FASTRE